Sur la rive nord du Salagou, au bout d'une petite route qui meurt dans l'eau, il y a un village de pierre rousse avec une église, une place, des ruelles — et, pendant un demi-siècle, personne. Celles est l'histoire la plus étrange de l'Hérault : celle d'un village sacrifié à un lac qui n'a jamais tenu sa promesse de le noyer.

1969 : l'eau monte, le village se vide

Quand le barrage du Salagou entre en service en 1969, les ingénieurs prévoient deux paliers : une première retenue à la cote 139 mètres, puis, un jour, une montée à la cote 150 — qui engloutirait Celles. Par précaution, l'État exproprie : les habitants, une petite communauté de vignerons, quittent leurs maisons en regardant l'eau s'approcher des premiers jardins. Elle s'arrête à 139 mètres, au ras du village. Et elle n'a plus jamais bougé.

Cinquante ans de limbes

Le second palier ne viendra jamais — plus besoin d'irriguer une vigne qu'on arrache alors massivement dans la région. Mais l'administration garde le village « sous réserve d'inondation » : impossible d'y revenir, interdit de le vendre. Celles entre dans les limbes. Les toits s'effondrent, les squats et les fêtes sauvages abîment ce que le temps épargne ; seules l'église et la mairie sont entretenues — car, détail magnifique, la commune n'a jamais été dissoute. Celles a continué d'élire son maire et son conseil, avec une poignée d'électeurs et presque aucun habitant : un village juridiquement vivant, physiquement fantôme, devenu au passage l'une des plus petites communes de France.

POURQUOI LES MAISONS SONT ROUSSES
Celles est bâti dans la ruffe locale et le basalte des coulées voisines : murs rouge sombre, encadrements noirs. Au couchant, quand la lumière rase le lac, le village s'allume littéralement — c'est l'heure des photographes, depuis la rive sud ou la presqu'île du Rouens.

La renaissance, enfin

Il a fallu l'obstination de décennies — et notamment d'une maire qui avait vu le village se vider dans son enfance — pour dénouer le blocage administratif. Dans les années 2020, l'État et les collectivités actent ce que le lac disait depuis cinquante ans : l'eau ne montera pas. Les maisons sont progressivement réhabilitées, des nouveaux habitants et des activités s'installent — logements, ateliers, projets agricoles et associatifs — avec une ligne claire : un village vivant, pas un décor à boutiques. Celles redevient ce qu'il n'avait jamais cessé d'être sur le papier : une commune habitée.

Visiter sans déranger

Celles est sur le tour du lac (km 9 environ depuis Clermont-l'Hérault dans le sens horaire) : on y arrive à pied ou à VTT par la piste, ou en voiture par la petite route de la rive nord — on se gare à l'entrée, le village se parcourt à pied. Gardez en tête que c'est désormais chez des gens, plus un village fantôme : on regarde les façades, les ruelles et l'église depuis l'espace public, on n'entre pas dans les cours, et on emporte ses déchets. La baignade est à deux pas, sur les plages de la rive nord côté Vailhés. Le plus beau moment : la fin d'après-midi, quand les pierres s'embrasent et que le village, pour la deuxième fois de son histoire, a l'air de flotter sur l'eau — vivant, cette fois.

Voir Celles s'embraser au couchant, puis dormir à côtéGîtes et campings de la rive nord aux villages voisins.
Voir les hébergements
À LIRE AUSSI
Le tour du lac à VTT · Le cirque de Mourèze